Riiingmybells

Riiingmybells

13-03-2022

20:31

C’était un vendredi. Ce jour joyeux de fin de semaine. Lui ce matin-là, il a décidé de mettre fin à sa vie. Il a écrit une lettre sur ses conditions de travail, puis il a quitté le tribunal où il est jeune greffier. Il a acheté un couteau. Et il a enfoncé la lame dans son ventre.

Dans la lettre qu’il a laissée, il raconte son arrivée de jeune greffier à Mayotte, à 28 ans, à l’issue de sa formation à l’Ecole des greffes. Et puis la suite, qui très vite pèse, leste, jusqu’à finir par vous faire sombrer.

Les vieux greffiers que nous sommes vous le diront : un premier poste de greffier dans les conditions actuelles de travail si dégradées, c’est difficile. Si vous ajoutez à ça une distance de 8.000 km d’avec vos proches, ça peut vite devenir plus que difficile.

Car les juridictions en France aujourd’hui, c’est un personnel de greffes épuisé, en sous-effectif, sous-payé, et qui chaque jour se bat, en vain : contre l’informatique défaillant, le stock de dossiers toujours important et l’enchaînement de réformes sans queue ni tête ni sens.

Car les juridictions en France aujourd’hui, ce sont des journées qui n’en finissent plus où certains d’entre nous terminent leur audience à 21h, 23h ou 3 heures du matin. Des justiciables à bout d’attendre des mois leur jugement, et qui vous hurlent dessus.

Et puis par-dessus tout ça, un ministère qui vous culpabilise en disant partout que « la justice est réparée et « qu’elle est désormais en état de travailler ». Alors qu’elle est au bord du gouffre, et nous dedans.

Rajoutez à ce quotidien, 8.000 km de distance entre vous et votre environnement, vos amis et votre famille, et vous avez le commencement d’un début d’idée de ce qu’on ressent en travaillant dans une juridiction d’outre-mer. Et qui pèse, et qui leste, jusqu’à vous faire sombrer.

Dans sa lettre, ce jeune greffier évoque les conditions de logement à Mayotte des personnels de justice. Ses multiples demandes à son administration pour qu’elle prévoit « quelques petites chambres d’hôtel pour un jour par-ci, deux jours par-là » le temps de trouver un logement.

Il dit les frais d’installation et la vie chère à Mayotte, qui ne sont pas compensés par les aides partielles que les greffiers perçoivent à leur arrivée. La voiture, les meubles à acheter,… : comment faire face avec une petite paye de greffier ?

Et il prend le soin de remercier son père de l’avoir aidé financièrement, à 28 ans et pourtant avec un métier en poche.

Il évoque aussi le sous-effectif dans son service, le tribunal pour enfants. Ce sous-effectif qui pèse et leste toutes les juridictions, et qui nous fait courir dans les couloirs, après le temps, avec nos piles de dossiers à traiter.

Oui, j’ai vu des greffiers courir dans les couloirs afin de perdre le moins de temps possible pour faire une photocopie ou apporter un dossier dans un autre service. Courir parce qu’ils font le travail de deux personnes dans leur journée de travail.

Deux mois à peine que ce jeune greffier exerce son métier sur le terrain, et il cherche un sens à toute cette absurdité. Pourquoi ce ministère traite ses agents comme cela ? Comment la justice en est arrivée là ? Comment en sommes-nous tous arrivés là ?

J’ai assez raconté, je vais lui laisser la parole. Car les mots qu’il a pris le soin d’écrire avant de chercher à quitter cette vie valent plus que mes mots à moi.

Avant de vous laisser avec ses mots à lui, je voudrais simplement vous dire qu’heureusement il est en vie. Il est sorti de l’hôpital. Je ne dirais pas qu’il va mieux. Je vous dirais juste qu’il est rentré en métropole auprès de sa famille et des siens.

Je souhaite que ses mots résonnent. Haut et fort. Non parce qu’il a tenté de se suicider, mais parce que ce qu’il écrit est juste, et appelle une réponse et des actes de @justice_gouv. Pour lui, et tous ceux qui travaillent aujourd’hui en juridiction avec les mêmes questions.

« Si j’écris ce texte, c’est plus dans l’espoir (aussi mince soit-il) d’améliorer la condition des futurs greffiers qui vont me suivre. (…)

« L’intérêt général, la « Res publica » (la chose publique en latin, ndlr.), servir la chose publique, ce n’est pas ça le but de la justice et du service public ?

Comment y parvenir si tout fonctionne en mode dégradé ? Désolé, je suis pas une pieuvre, j’ai que deux bras et je ne suis pas une machine » (…)

« Bon courage, et si le seul moyen de vous faire réagir et d’améliorer les choses ici, c’est un petit suicide altruiste. Eh bien soit, je suis prêt à payer ce modeste prix.

Merci Papa et désolé, merci également XXXXX, XXXXX, XXXXX, et XXXXX, vous avez été mon rayon de soleil ici. XXXXXX, Un greffier fort dépité de la façon dont est traitée Mayotte ».


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