Maxence Cordiez

Maxence Cordiez

02-10-2022

16:28

Cette prise de parole de @CecileDuflot sur @publicsenat contient beaucoup d'erreurs et inexactitudes. Regardons ça point par point. 1/

1. "on le voit bien, on continue d'acheter de l'uranium à la Russie" C. Duflot Si la France achète de l'uranium à la Russie, c'est vraiment marginal. Ce serait dans la catégorie "autres" en rouge sur le graphique ci-dessous. Source : @AStrochnis d'après données douanières 2/

D'ailleurs, la Russie n'est pas un producteur majeur d'uranium. En 2020, elle était au 7e rang, pour environ 6% de la production mondiale. Source : 3/

En matière de dépendance de la France à la Russie en matière nucléaire, je vois surtout deux points : - les turbines Arabelle produites par GE à Belfort pour lesquelles Rosatom est un client important (donc c'est une dépendance économique mais pas stratégique) ; 4/

- le réenrichissement de l'uranium issu du retraitement du combustible usé. @Oranogroup pourrait le réenrichir dans son usine Georges Besse 2, mais cela imposerait d'y dédier une cascade de centrifugeuses qui n'enrichiraient plus d'uranium naturel ensuite. 5/

Ceci car l'uranium de retraitement contient quelques actinides mineurs contrairement à l'uranium naturel. Donc pour le moment, le choix a été fait de faire enrichir cet uranium par la Russie (qui a dédié des centrifugeuses à ça). 6/

Mais là aussi, rien de vraiment stratégique, c'est plus de l'optimisation pour utiliser moins d'uranium naturel : si on ne réenrichit pas l'uranium de retraitement, on peut le garder de côté pour le réenrichir plus tard (et on utilisera de l'uranium naturel à la place). 7/

Et si on veut vraiment le réenrichir maintenant, une cascade de centrifugeuses de l'usine Orano de GB2 est censée être dédiée à ça (mais Orano commencera à y réenrichir de l'uranium de retraitement quand elle sera sûre d'avoir un marché suffisant). 8/

2. "on ne produit pas le combustible sur notre sol" C. Duflot Je pinaille un peu mais, on produit bien le combustible sur notre sol. La France maîtrise toutes les étapes du cycle amont : conversion, enrichissement, fabrication du combustible. 9/

Quant à l'extraction de l'uranium, qui ne se fait effectivement pas en France, notons qu'Orano a un portefeuille minier (exploitation et projets futurs) diversifié dans plusieurs pays. 10/ Source : Orano,

3. "ce que tout le monde sait, sans débat caricatural ni émotif, c'est que ce n'est pas une solution" C. Duflot C'est l'opinion personnelle de Mme Duflot, rien de plus. On peut refuser l'énergie nucléaire mais elle fait partie des solutions pour se passer des fossiles. 11/

C'est très bien expliqué dans la récente étude de @rte_france, Futurs énergétiques 2050, notamment. 12/

4. "est-ce que ça coûte pas trop trop cher ?" C. Duflot RTE y a répondu. Les scénarios sans nucléaire coûtent entre 10 et 20 milliards d'euros par an de plus que les scénarios sans nucléaire, du fait notamment des coûts de flexibilité. 13/ Source : RTE, Fut. éner. 2050

Notons que RTE a même évalué la robustesse de son analyse économique en faisant varier plein de paramètres. 14/ Source : RTE, Fut. éner. 2050

5. "il y a un scénario qui a été publié par l'ADEME : sobriété + renouvelables, il y a des scénarios qui tiennent" C. Duflot Tout d'abord, rien n'oblige de coupler la sobriété avec des renouvelables. On peut envisager différents scénarios de demande vs offre. 15/

Ensuite, RTE (qui a quand même plus de moyens de modélisation que l'ADEME) a aussi étudié des scénarios sans nucléaire à la demande du gouvernement (voir ci-dessous). 16/ Source : RTE, Fut. éner. 2050

Ce qu'on voit, c'est que les rythmes de déploiement des EnR sont extrêmement élevés, ce qui pose question quant à leur réalisme. 17/

RTE explique qu'il faudrait chaque année pour le solaire et l'éolien en mer faire mieux que le rythme maximal atteint par nos voisins les plus dynamiques. 18/

Atteindre de tels rythmes est loin d'être trivial, que ce soit en matière d'acceptabilité ou pour des questions industrielles. Par exemple, les capacités portuaires françaises rendent difficile d'imaginer plus de 40 GW d'éolien en mer d'ici 2050. 19/

Ensuite, notons les risques portés par ces scénarios. Par exemple, il faudrait construire entre 30 et 40 GW de centrales à gaz en faisant le pari qu'elles seront alimentées avec du H2 renouvelable en 2050. 20/

Mais au-delà du "pari technologique lourd" (mots de RTE) que ça représente, que se passe-t-il si la demande est plus élevée car on n'a pas réussi à isoler les bâtiments autant que prévu par exemple ? 21/

Ou si on n'arrive pas à développer autant d'EnR que prévu (ie qu'on a besoin de plus de gaz renouvelable en même temps qu'on en produira moins) ? Dans ce cas, on utilisera ces centrales à gaz pour brûler du gaz fossile, et on manquera nos objectifs climatiques. 22/

Si les scénarios avec nucléaire sont plus équilibrés (trajectoires moins irréaliste pour chaque filière d'offre, stockage et demande), ils seront quand même très difficiles à suivre. 23/

L'une des conclusions qu'on l'on peut retenir de cette étude c'est que si on veut s'amuser à éliminer une filière de production (RTE a étudié sans nucléaire mais il aurait pu faire sans éolien à terre, ou en mer, ou solaire...), c'est envisageable sur le papier... 24/

mais en pratique ça complexifie largement les efforts à fournir en reportant l'effort sur les autres filières, alors que chacune sera déjà fortement sollicitée, même si on en élimine aucune. 25/

6. "chaque jour la Terre reçoit des milliers et des milliers de fois de plus d'énergie de la part du Soleil que ce dont on a besoin pour l'ensemble des activités humaines" C. Duflot Certes, mais ce n'est pas vraiment le problème. 26/

Capter et stocker une énergie diffuse et intermittente demande beaucoup de matériaux et d'espace. Ce qui présente aussi des limites. 27/

Le problème n'est pas tant la disponibilité de l'énergie, il y en a partout, que la capacité à aller la chercher à un coût (énergétique, matériaux, environnemental...) acceptable. 28/

Prenons l'exemple du nucléaire, les réserve d'uranium sont loin d'être limitantes et pourtant le nucléaire occupe une faible part, pour de nombreuses raisons, dans le bouquet énergétique mondial (et même français). 29/

Bref, le solaire a un rôle à jouer dans la décarbonation mais il ne faut pas en sous-estimer les limites, comme pour toutes les autres sources d'énergie (carbonées et non carbonées). 30/

7. "les vieilles solutions du 20e siècle, c'est pas les bonnes" C. Duflot Qu'une solution soit bonne ou non pour l'environnement ne dépend pas de quand elle a été inventée, mais de critères environnementaux à expliciter. 31/ Graphique : Poinssot et al.

8. "combien de milliards d'euros aujourd'hui les renouvelables rapportent à la France" C. Duflot Ici C. Duflot a raison, du fait des contrats par complément de rémunération, les producteurs EnR reversent des sommes élevées à l'Etat (écart entre prix garanti et de marché). 32/

Cela dit pour être complet, le bouclier tarifaire sur l'électricité est rendu possible par le nucléaire, qui produit aussi à coût faible et indépendant du prix du gaz. 33/

C'est en augmentant les volumes d'ARENH (accès régulé à l'électricité nucléaire historique) et en réduisant les taxes (moins justifiées puisque les EnR élec ne coûtent plus mais rapportent au contraire) que l'Etat a pu contenir la hausse des tarifs réglementés. 34/

Bref, ce qui permet de contenir l'envol du prix de l'électricité, ce sont le nucléaire ET les renouvelables (les deux). 35/

9. "c'est une énergie [les renouvelables] beaucoup moins chère à produire, beaucoup plus durable" C. Duflot Concernant le "moins chère à produire", c'est vrai si on considère le coût de production seul, pas si on considère aussi les coûts système. 36/

Concernant le "beaucoup plus durable", il faudrait voir ce que Mme Duflot entend par "durable" mais a priori c'est une opinion sans réel fondement. Le nucléaire présente de nombreux avantages environnementaux (cf publi ci-dessous). 37/

Et il consomme beaucoup moins de métaux (uranium compris) et d'espace que l'éolien et le solaire PV. Si l'uranium n'apparaît pas dans le tableau ci-dessous, la consommation est environ de 0,02 kg/MWh. 38/ Source :

Bref, je comptais faire un fil court pour analyser ces 2 minutes d'interview et finalement ça m'a pris 2h de mon dimanche, que je comptais initialement plutôt passer à écrire un article sur les limites de la vignette Crit'air. 39/

Le débat sur la décarbonation gagnerait vraiment en efficacité si celles et ceux qui y participent faisaient l'effort se renseigner plutôt que de propager leurs idées reçues... Merci à celles et ceux qui m'auront lu jusque là. 40/40 FIN



Follow us on Twitter

to be informed of the latest developments and updates!


You can easily use to @tivitikothread bot for create more readable thread!
Donate 💲

You can keep this app free of charge by supporting 😊

for server charges...