Cobra effect

Cobra effect

22-05-2022

03:57

Saviez-vous qu'un jour, un pays a réellement mis fin au capitalisme ? Un lieu sans argent, sans propriété, sans inégalités, basé sur une saine agriculture vivrière… où le collectif subvenait au besoins de la communauté. Plongée au coeur des seventies, au Cambodge. #Thread ⤵️⤵️⤵️

Au matin du 17 avril 1975, des soldats vêtus de noir et d’un foulard rouge, entrent dans Phnom Penh. La plupart des habitants sont confiants, voir enthousiastes : ces jeunes idéalistes se battent pour le peuple, une vie rurale, la fin des inégalités.

Ils connaissent souvent certains de leurs membres, et Il y a beaucoup de femmes dans leurs rangs. Mais très vite, leur agressivité et leur mépris interrogent : ordre leur a été donné de ne toucher personne, sinon à la pointe du fusil.

D’appartements en appartements, ceux qu'on appelle khmers rouges ordonnent aux habitants de fuir au plus vite : bientôt, les États-Unis bombarderaient la ville.

Si ce mensonge ne suffit pas, la force est employée. En 48h, deux millions de personnes doivent quitter leurs logements, dans l'urgence et dans des conditions désastreuses.

les malades sont tirés des hôpitaux, sans assistance médicale. leurs familles en sont réduites à pousser lits ou brancards de fortune sous un soleil de plomb. Les plus faibles sont achevés sur place.

Les voitures sont réquisitionnées et tout bien de valeur confisqué. Un mot revient sans cesse dans la bouche des soldats : dollars, dollars, qui a des dollars ? La stupeur envahit ceux que l’on dépouille : immédiatement, les billets sont brûlés.

Derrière eux, des explosions retentissent : c’est la banque centrale que l’on dynamite. Le Kampuchéa démocratique sera un état sans monnaie.

Les soldats cherchent aussi des traitres : enseignants, médecins, religieux, intellectuels… Ceux qui parlent français ou transportent des livres sont suspects, comme ceux qui portent des lunettes. Sous peine d’être sommairement abattus, ils devront s’en passer.

Ceux à la peau trop blanche également : c’est le signe qu’ils ne travaillent pas dans les champs.

Car ces soldats se voient comme l’«ancien peuple» : paysans au mode de vie séculaire, ils seraient l’âme du Cambodge. Ils haïssent ce «nouveau peuple» citadin, symbole du capitalisme, de la technologie & de l’impérialisme.

Pourtant, c’est dans une autre capitale que tout a commencé. En 1949, Saloth Sâr arrive à Paris avec d’autres boursiers. C’est par son nom de guerre qu’il se fera plus tard appeler : Pol Pot.

En parallèle de ses études d’électricité, il rejoint un cercle marxiste-léniniste créé par d’autres étudiants cambodgiens. Sa structure s'apparente à une société secrète : les militants sont regroupés dans des mini cellules et ne se connaissent pas les uns les autres.

Beaucoup sont logés à la Maison de l’Indochine de la Cité universitaire, à ce qu’on appelle alors « l'étage rouge ». Ils adhèrent au parti communiste français. Certains participent à des sessions de formation organisées dans des mairies tenues par le parti.

Pol Pot y cotoie Khieu Samphan, futur chef de l'Etat du Kampuchéa démocratique, Son Sen, ministre de la défense, ou encore Ieng Sary, ministre des Affaires étrangères.

Il y rencontrera Jacques Duclos, Secrétaire général du PCF, qui deviendra son mentor, ainsi que Jacques Vergès, qui deviendra son ami. 60 ans plus tard, l’"avocat de la terreur" défendra ses anciens camarades poursuivis pour Génocide, crimes de guerre & crimes contre l’humanité.

Outre la Chine maoïste, la Commune, et particulièrement l’intransigeance de Robespierre, les fascine. L’idéal rousseauiste de retour à l’état de nature, inspirateur de l’écologie politique, également.

Rousseau est alors un auteur de référence pour les communistes : idéalisant l’égalité économique, rejetant les arts et l’industrie, il présente la propriété privée comme la source de toutes les misères humaines. « les fruits sont à tous et la terre n’est à personne ».

Ainsi, le « nouveau peuple » qu’on a mis sur les routes va devoir travailler au champs, de façon ancestrale, sans mécanique ni intrants. La société que les khmers rouges veulent édifier sera collectiviste, égalitariste et fondée sur un retour la terre.

Toutes les commodités modernes « capitalistes » sont abandonnées, détruites. Radios, bicyclettes, machines à coudre sont interdites. Les voitures ne serviront plus au transport : elles sont dépecées pour faire des socs de charrues.

La propriété et le commerce, bien sûr, sont interdits. Non rémunérés, les cambodgiens sont réduits à l’esclavage pour l’« Angkar », l’« organisation » khmer rouge. Le pays devient le plus grand camp de travaux forcés au monde.

Tous travaillent 10h à 12h par jour, femmes, vieillards, et même enfants à partir de 5, 6 ans. Les écoles sont supprimées. Les repas doivent être pris en commun dans les coopératives agricoles. Toute autre cuisine, privée ou familiale, est interdite.

Mais pour atteindre l’égalité absolue, il faut aller plus loin. L’individualité doit être niée, tout lien affectif aboli. Les papiers d’identité sont supprimés. Les citadins sont déplacés plusieurs fois, afin de couper les ponts avec leurs racines ou leurs amitiés.

La vie elle-même doit se conformer : Toute démonstration d'affection est interdite. L’expression artistique, le divertissement, les plaisanteries sont bannies. Seuls les chants révolutionnaires sont tolérés.

Pol Pot s’inspire de la révolution culturelle chinoise. Qui, outre liquider le capitalisme, veut transformer l’homme dans ce qu’il a de plus profond. Staline le pensait avant eux : c'est la condition nécessaire à la réalisation de l’idéal socialiste.

Ils sont aidés en cela par la culture bouddhiste : le rejet de la matérialité et des aspirations individuelles, le détachement de l’homme vis-à-vis de son égo, en font une religion compatible avec le marxisme.

On est dans l’exact opposé de la pensée libérale d’Adam Smith ou de Frédéric Bastiat, pour qui la recherche des intérêts particuliers – tant qu’elle reste dans la moralité - sert l’intérêt général.

Les mariages sont organisés par l’Angkar. Les époux ne se connaissent pas et ne se voient que quand l’Angkar le décide, pour - de force - consommer leur union. Si tout le monde se vaut, pourquoi avoir ses préférences ? Tous les autres rapports sexuels sont interdits.

Pour être parfaitement égaux, s’ils n’ont pas d’héritage matériel, les enfants ne doivent pas en recevoir de culturel non plus. Les nouveaux nés sont retirés à leurs parents. Placés, embrigadés, le régime en fera ses premiers délateurs. Et parfois ses soldats.

Chacun doit assister à de longues séances d'endoctrinement et faire son autocritique devant la communauté. Cacher un pêché, c’est s’exposer au châtiment des khmers. Le confesser, également.

La moindre infraction ou maladresse - casser un verre, mal maîtriser un buffle pendant les labours - peut être mortellement sanctionnée. Dans un pays sans tribunal ni jugement, les chefs de village ont droit de vie et de mort.

Car tous ne sont pas complètement égaux : pour maintenir le système, il faut l’encadrer d’une main de fer. Et ceux qui encadrent doivent avoir intérêt à ce que le système perdure.

Les khmers rouges sont les seuls citoyens de « plein droit ». Ils reçoivent des rations alimentaires complètes et gèrent les coopératives. Les autres sont les derniers à manger et les premiers à mourir. En fait d’égalité, c’est une société de privilèges qu’on a rétabli.

Ce qui est par-dessus tout redouté, c’est l’envoi à l’ "étude". "Centres de rééducation" dont on ne revient jamais. La plus connue est la prison de Tuol Sleng, ou centre S-21. 18 000 personnes y ont été détenues, dont 1200 enfants. 7 ont survécu.

Les prisonniers sont torturés, puis mis à morts sur le site d’extermination, les tristement célèbres "killing fields". C’est le royaume de Douch, tortionnaire sanguinaire condamné en 2010 pour crimes contre l’humanité.

On tue des hommes, mais aussi leur famille. Pour arriver à cette société parfaite, il faut éradiquer tout soupçon de déviance, "arracher l'herbe avec sa racine". Sur cet arbre, on fracassait le crâne des enfants & des nourrissons dont les parents fautèrent.

Car il ne s’agit pas seulement de tuer, mais d’effacer. Les individus disparaissent, littéralement. Aucune famille ou ami ne peut avoir de nouvelles, assister à des funérailles ou récupérer la dépouille. Le régime comptera 196 prisons comme celle de Tuol Seng.

Dans les champs, la situation se dégrade. Quand on nie la science et le mérite, c’est l’incompétence qui prend le pouvoir. Des travaux d’irrigation titanesques sont menés, mais sans se préoccuper des pentes et du sens d’écoulement.

N’importe qui peut s’improviser médecin. On injecte aux malades deux improbables mixtures à base de plantes : un calmant ou un fortifiant. Sans nettoyer les aiguilles qui passent de bras en bras.

Petit à petit, les rations de riz diminuent : La dose journalière de 250g par personne est bientôt à partager en 2, puis en 7, puis en…25. 10g de riz par personne. 10g.

La Chine, amie du régime, envoie de la nourriture avariée pour cochons. Baies, têtards… Au péril de leur vie, hommes, femmes et enfants partent cueillir tout ce qu’ils trouvent dans la nature alentour. Quand il n’y a plus rien, c’est du vieux cuir bouilli que l’on mâche.

Certains arrêtent de se nourrir en signe de protestation. Ils n’ont pas compris que leur être n’a plus aucune valeur. Pol pot le dira : le régime n’a pas besoin d’un grand nombre de citoyens.

De famine, les cambodgiens meurent les uns après les autres. Il n’est pas rare que les corps des défunts soient mangés par leur proches affamés. Accusés d’ « ogres » par les autorités, ceux qui sont surpris sont exécutés.

L’invasion vietnamienne chassera en 79 les khmers rouges du pouvoir. Ils arrivent dans un pays où il n’y a plus rien.

En 4 ans, on estime qu’au moins 1,7 millions de cambodgiens périrent, soit 21% de la population. Chez les survivants, les séquelles psychologiques sont immenses.

Les dirigeants khmers rouges nieront toute responsabilité dans ces crimes : ils auraient été trahis par l’incompétence des dirigeants locaux. Ce serait cocasse si ce n’était tragique : quand on rejette le savoir & le mérite, comment regretter les aptitudes perdues ?

L’horreur du régime parvient aux oreilles de Paris. Pour ne pas entacher la gauche, les intellectuels parlèrent de « national-socialisme des rizières ». Reconnaissant ainsi malgré eux l’appartenance du nazisme à la famille socialiste.

Le terme, comme celui de "fascisme tropical", est de Jean Lacouture. Qui déclara aussi, toute honte bue : "...rien ne permettait de jeter une ombre sur leur avenir et leur programme. Ils se réclamaient du marxisme, sans que j'aie pu déceler en eux les racines du totalitarisme."

Plus près de nous, dans les rayons de développement personnel, la proximité du bouddhisme avec le marxisme subsiste. Le Dalaï Lama lui-même ne s’en est jamais caché, la revendiquant à plusieurs reprises.

Surtout, le rejet de la technologie et du capitalisme, comme la fascination pour une agriculture traditionnelle et pour l’égalitarisme prospèrent.

Alors que l’on fustige tout individualisme, revendiquons le : Ce sont nos désirs et nos aspirations qui nous poussent à inventer, à progresser, et à nous enrichir mutuellement. Car comme le dit si justement Rithy Panh, rescapé du régime, l’histoire se répète tout le temps…#fin

Je ne peux citer toutes mes sources, mais je vous recommande chaudement les podcasts d’entretiens avec Rithy Panh, cinéaste rescapé qui interviewa Douch.

Ainsi que le "Hondelatte raconte", tiré de l’ouvrage de Pin Yathay, "Tu vivras, mon fils" ed. Babelio

Sources des vidéos (dans l’ordre d’usage) :

@HL_iberty @DamienAMEUIL @HMarcault @Timeo_Danaos @RauxJF @uphold_freedom @PhilippeBrunner @BlaliBalo @Thomas_veryone @EtudiantLiberte @KlaiiJager @DenisDerien @_fluoW @beaprest @ExtasePierre @emma_ducros @MacLesggy @agritof80 @GeWoessner

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