Jérémie Naudé

Jérémie Naudé

22-08-2022

17:54

Le discours "la transidentité nierait la biologie" n'est *pas* réaliste. Quitte à naturaliser, naturalisez complètement, et vous verrez réapparaître par la fenêtre du cerveau toutes les sciences humaines que vous vous vouliez mettre à la porte. (1/18)

Disclaimers : - L'existence des personnes trans n'est *pas* un sujet de discussion. - Les mots ont plusieurs sens. Je ne vais parler que de biologie, mais je n'ai aucun problème à ce que les mots sexe et femme aient d'autres définitions, sociales et politiques.

L'opposition entre "ressenti" et "biologie" me gêne car on ne peut pas naturaliser certains aspects du sexe *mais pas d'autres* (le ressenti), pour questionner la réalité de personnes qui existent. C'est le contraire de ce que fait la biologie : on part de ce qui existe.

Symétriquement, instrumentaliser une biologie mal comprise pour nier l'existence de personnes ou refuser des analyses sociologiques ne peut que conduire à un rejet de la biologie comme nécessairement essentialisante, ce qu'elle n'est pas, comme je vais essayer de le montrer.

Le concept de sexe biologique est un outil de catégorisation binaire (car répondant à la question "quelles différences entre les genres ?") qui a permis d'identifier un ensemble de caractéristiques biologiques "typiques" qui ont pour cause évolutive la reproduction sexuée.

Précision: je parle de cause évolutive comme d'une cause distale de l'existence d'une fonction reproductrice. Cette cause évolutive ne prescrit rien des usages humains possibles des caractéristiques biologiques sexuelles 😏.

Ainsi, le sexe biologique chez l'humain ce n'est pas que les gamètes (ovule/spermatozoïde) mais un ensemble de caractéristiques que l'évolution a favorisé car elles augmentaient le succès de la reproduction sexuée: appareils génitaux, hormones, aspects neuro-psychologiques...

Par neuro-psychologie je ne parle pas de différences de genre en terme de capacités cognitives (il existe des différences absolument mineures, dont on ne connaît pas l'origine) mais tout simplement de l'identification à un sexe, notion si souvent moquée.

L'identification à un sexe participe de la "stratégie" sexuée (comme produit de l'évolution, non comme finalité), favorisant la rencontre des gamètes. Cette identification correspond à une activité cérébrale, donc l'identification est une caractéristique sexuelle biologique.

En effet les neurosciences disent que la cognition n'émerge de (n'est implémentée par) rien d'autre que de la biologie (sans se réduire à ses composants). Si la psychologie est implémentée par la biologie, l'identification à un sexe correspond bien à un état "bio-électrique".

Je ne parle pas du genre (les comportements qu'on attend de soi) mais de qui on pense être. La cognition se fait par rapport à un modèle qu'on se fait du monde, et donc du modèle qu'on se fait de soi-même. L'identification n'est pas juste une "déclaration", elle est constitutive.

L'identification est une caractéristique sexuelle biologique mais elle n'est pas purement déterminée par les autres dimensions sexuelles (génétiques, gonadiques ou hormonales). La transidentité *existe*.

Entre les sexes "typiques" (où toutes les dimensions du sexe seraient "alignées") il y a un continuum de combinaisons des caractères chromosomiques, hormonaux, gonadiques, génitaux, etc. Comment placer l'identité sexuelle dans cet espace multi-dimensionnel et probabiliste ?

Les caractéristiques sexuelles sont dynamiques au sens où elles évoluent au cours de la vie (la puberté, la ménopause...). Le sexe "neuro-psycho" participe de cette dynamique: l'identification est généralement stable mais peut changer, par exemple chez les ados.

L'espace des possibles du sexe biologique est même plus dynamique qu'avant grâce aux technologies permettant de modifier des taux d'hormones et certains organes. Ainsi, le niveau neuro-psycho peut "déplacer" (comme cause proximale) les autres caractéristiques sexuelles.

De même, le comportement (genre) rétroagit sur le cerveau par neuroplasticité, qui désigne les règles selon lesquelles les propriétés des neurones changent en fonction de notre expérience, notamment sociale. Il n'y a donc pas de séparation stricte entre sexe et genre.

C'est donc le niveau neurobio-psycho (lui-même soumis à des influences sociales) qui donne, via le genre, du sens et une finalité (autres que leur cause évolutive) aux autres caractéristiques sexuelles, et en orchestre la dynamique multi-dimensionnelle.

Conclusion (18/18): l'identification est l'une des nombreuses dimensions dynamiques et probabilistes du sexe *biologique*, et pas la moins importante. S'identifier comme femme c'est être socialement *et* biologiquement une femme.



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