Tristan Kamin

Tristan Kamin

16-09-2022

17:01

« Le nucléaire c'est pas démocratique » par des députés qui montent un « front parlementaire » contre un projet qui a fait l'objet de débats parlementaires et de lois, de débats publics, d'enquêtes publiques...

Pour une revue non-exhaustive mais déjà bien large des différents jalons scientifiques et législatifs dont ils veulent faire table rase : Blog : Thread :

Ça mérite une revue rapide de leurs arguments, en fait.

1) Le stockage en couche géologique profonde empêche de contrôler les déchets en permanence.

Oui, c'est le but du stockage géologique, d'éviter de léguer aux générations futures la charge de devoir effectuer un contrôle permanent. Le groupe LFI-NUPES explicite ici son souhait de léguer les déchets de haute activité aux générations futures pour une durée indéterminée.

J'ai déjà à plusieurs reprises cherché à souligner cette posture qu'ils défendent sans jamais l'expliciter clairement à leur électorat. Si des journalistes veulent en discuter, à disposition. Blog : Thread :

2) Les travaux de forage dans la couche argileuse sont susceptibles de la déstabiliser et donc de rendre la cavité construite perméable et poreuse.

Depuis le début des années 2000, l'agence publique en charge de réaliser la recherche et développement du projet de stockage géologique construit et exploite un laboratoire dans cette même couche argileuse avec creusement de forages, alvéoles, galeries...

Cet argument est donc purement technique et n'est pas sourcé par le groupe LFI-NUPES. Il va évidemment à l'encontre des résultats obtenus dans ce laboratoire dont c'est un des principaux sujets d'étude.

On se doute que ces députés ont décliné l'invitation des scientifiques affectés à ces recherches à en discuter, à poser leurs questions, au risque d'obtenir des réponses.

3) Les risques d'incendie sont réels selon l'IRSN : une explosion pourrait entraîner une perte de confinement.

La seule conclusion à en tirer est donc "il faut donc travailler à maîtriser les risques d'incendie".

La démonstration de maîtrise de ce risque, à l'époque de l'instruction par l'IRSN du « Dossier d'options de sûreté » (DOS) de Cigéo, a été bien reçue sauf pour certaines catégories de déchets de moyenne activité à vie longue.

Cela ne compromet pas le principe de Cigéo pour les autres déchets mais, pour ces déchets là, leur stockage éventuel est conditionné à une meilleure démonstration. C'est comme ça qu'on fait avancer les sciences et techniques et la sûreté.

« Il y a un risque. « Travaillons à prévenir toute occurrence de ce qu'on redoute. « Supposons qu'il se produit quand même et montrons qu'on sait le maîtriser. « Identifions les cas qu'on ne saura maîtriser. « Continuons à avancer sur le reste et travaillons davantage ces cas là.

Alors que la méthode LFI-NUPES : « Il y a un risque. « Abandonnons.

Et quitte à citer l'IRSN, ne manquez pas ce petit passage :

Il provient de ce rapport et « l'IRSN, bras technique du gendarme de l'ASN » (sic) y dit explicitement que la proposition de LFI comme alternative au stockage géologique n'est pas une alternative au stockage géologique.

(« revue rapide » : j'ai des regrets) 4) Des infiltrations d'eau et des fuites radioactives ne sont pas à exclure sur le long terme

Sources, explications des mécanismes, conséquences ? C'est le néant intellectuel. Pour vous dire à quel point... Des fuites radioactives ne sont en effet pas exclues : elles sont prévues.

Tel qu'est conçu le stockage, on a la quasi-certitude que sur des temps géologique, certains radionucléides vont réussir à migrer dans la biosphère.

Mais avec une radioactivité tellement réduite par le temps et par la dilution que leur impact resterait alors dans le bruit de fond de la radioactivité naturelle. L'argument n'en est juste pas un. Il traduit l'ignorance des principes techniques du projet.

5)a) L'irreversibilité rend impossible de retirer un colis radioactif car c'est la solution du stockage définitif qui a été choisie...

Cela nous renvoie tout simplement au 1) : le groupe LFI-NUPES se prononce pour le refus d'une solution définitive et donc un transfert des risques, coûts et responsabilités aux générations futures.

Et c'est donc depuis 2013 qu'après un débat parlementaire et un débat public que, en effet, c'est l'option du stockage définitif qui est choisie par le pays.

5)b) ...malgré la loi qui doit prévoir sa réversibilité

Code de l'environnement, L542-1-1 : « Le stockage de déchets radioactifs est l'opération consistant à placer ces substances dans une installation spécialement aménagée [...] sans intention de les retirer ultérieurement. »

Non, la loi n'impose pas la réversibilité puisque le choix qui a été fait, c'est le début de la phrase, c'est le stockage définitif. Sauf...

Code de l'environnement, L542-10-1 : « L'autorisation fixe la durée minimale pendant laquelle, à titre de précaution, la réversibilité du stockage doit être assurée. Cette durée ne peut être inférieure à cent ans. »

La loi demande donc bien une réversibilité mais pas éternelle (ça irait à l'encontre du L542-1-1), seulement (et c'est déjà pas mal) pendant au moins cent ans. À titre de précaution.

Donc le groupe LFI-NUPES invoque la loi comme il invoque l'IRSN et l'ASN : en prenant des petites cerises en fonction de ce qui arrange sa rhétorique, en ne respectant ni l'expertise scientifique et technique ni le fond de la loi.

6) Les risques de dérapage financier d'un tel projet sont plus que probables Certes. Et ? Donc on ne fait pas ? On parle d'un projet dont la seule vocation est la sûreté nucléaire et l'éthique vis-à-vis de l'environnement et des générations futures à très long terme...

...et ces capitalistes de l'extrême s'y opposent au motif que ça pourrait coûter trop cher ? Trop cher combien ? On parle en dixièmes de centimes par kilowattheure, pour information.

Figurez-vous que dans le cadre du dossier de demande d'utilité publique, une évaluation socio-économique du projet a été menée. Cet article la vulgarise à merveille, je vais faire un résumé du résumé juste après.

Ce que cette étude nous dit, c'est qu'il faut distinguer deux familles d'hypothèses pour l'avenir de la civilisation à long terme.

Une famille "progrès continu", croissance verte, on maintient un niveau de développement élevé et croissant, tout ça. Et une famille "ça tourne mal", entre déclin progressif et grand effondrement.

Dans le premier cas, Cigéo est peu pertinent économiquement. Il vaut mieux garder les déchets en surface et se les refiler génération après génération : le progrès aidant, la croissance aidant, ça sera plus simple et moins coûteux à chaque génération de les gérer.

Dans le second cas, Cigéo constitue donc une forme « d’assurance » dont la société pourrait vouloir bénéficier pour mettre définitivement en sécurité les déchets radioactifs les plus dangereux, tout en limitant les charges supportées par les générations futures.

Je suis pas sûr que si on explique posément cela à l'électorat du groupe LFI-NUPES, il soit majoritairement du genre à privilégier la première famille d'hypothèses.

Le groupe LFI-NUPES, selon moi, se positionne complètement à contresens des valeurs de son électorat, mais désinforme trop pour laisser à ce dernier une chance de s'en rendre compte. On l'aura constaté tout le long de ce thread.

Je retourne à mon ménage et je regarde vos questions après 😌



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